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Du Pilat à l’Andalousie, nos 15 premiers jours de stop

Enfin quelques instants pour souffler. J’entends les vagues s’écraser sur la plage, les voiles de kitesurf qui fendent l’air, des chiens qui aboient au loin. Nous sommes à Tarifa, l’extrême pointe méridionale de l’Europe continentale, à 14 km des côtes africaines. En face de nous, les montagnes marocaines dominent la mer et la nuit, on aperçoit les lumières de Tanger. Plusieurs jours que je me demande quand je pourrais écrire le premier article, entre le manque de temps et le manque de motivation. Celui-ci sera sans doute un peu long, le temps de décrire notre routine, le commencement, le stop et en faisant un petit clin d’œil à ceux qui ont croisé notre route.

Mais revenons un peu en arrière…

Il y a deux bonnes semaines, le 19 septembre 2021, nous entamions notre tour du monde. Après un départ chargé en émotions, des au revoir interminables et après quelques larmes, on met les sacs sur le dos et on part à travers la lande. On passe notre première nuit en haut du Pilat, à 1400m d’altitude, sous un orage de folie, avec une bonne bouteille de vin blanc (du viognier de chez nous 🙂 merci papa !) qui nous remonte le moral ! Première nuit un peu chaotique, on a du mal à réaliser.

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Première nuit, avant l’orage
La Jasserie du Pilat
Première marche avec les sacs à dos

La première journée commence dans le froid et le brouillard. Beaucoup de « premières fois » ce jour-là. Premier petit déjeuner du tour du monde, à base de barres de céréales, de thé noir à la bergamote, de pain et de fromage. Puis retour au point de départ, à la Jasserie du Pilat où l’on a mangé en famille la veille. Cette fois-ci, il est 9h du matin et il n’y a personne, si ce n’est une bande de motards déjà à la bière, et des chasseurs sur le point de partir. Personne pour nous prendre en stop, en tout cas. On commence donc à marcher, 20 kg sur le dos pour ma part et 14 kg pour Manon. C’est trop. 1h30 plus tard, après avoir vu passer quelques voitures, on force un peu la main d’une petite Clio qui finit par s’arrêter. A l’intérieur, Samuel et Morad, deux jeunes trailers qui n’en reviennent pas d’être les premiers chauffeurs de notre longue aventure, et qui nous avancent de quelques kilomètres.

Départ en stop

S’ensuit une longue journée de stop, qui commençait très mal à Bourg-Argental, où, un dimanche midi, nous n’avons vu quasiment personne entre 12h30 et 14h30. Un couple de retraité, un ingénieur qui nous coince entre son paddle et ses raquettes de neige home-made, une dame (seule) qui nous emmène au Puy, Jérémy en habit médiéval, qui revenait de la fête du Roi de l’Oiseau, et puis, coup de bol, Hakan s’est arrêté. En route pour Tarbes, on fera avec lui presque 500 km, et on parlera de tout – d’éducation, d’immigration, de politique turque, russe, française, de culture et de voyages. 6 voitures et plus de 700 km parcourus pour ce premier jour.

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Hakan dans sa voiture
Bivouac au pied des Pyrénées

Deuxième jour, après un bivouac humide au pied des Pyrénées, dans un parc péri-urbain, on commence le stop et David, vététiste de l’extrême, nous embarque pour la plus grande station de ski de la région, St Lary-Soulan. Puis ce sont Daniel, un polonais, et son pote sri-lankais, qui nous emmènent  en Espagne ! Videurs de boite, agents de sécurité dans des bars, porteurs de cadavres dans la morgue d’Albi et anciens militaires, ils sont adorables. On mange avec eux au resto à midi, et ils nous offrent le repas ! Une fois installés, on profite de l’après-midi, pour se faire une rando, vue sur une jolie rivière, de belles falaises et sur deux chamois qui flânent au milieu des rochers.

Entrée dans les Pyrénées
2 chamois dans les rochers
Enormément de champignons sur le sentier, bolets et russules
Golden hour à la montagne 🙂



Nos premiers pas en Espagne

Troisième jour, découverte du canyon d’Anisclo, puis direction Ainsa, superbe village médiéval, où l’on fait nos premiers pas en espagnol. Avec un roumain d’abord, puis une femme dans un Berlingot bien déglingué avec qui on passera un petit moment – Manon fait ses armes en espagnol devant, pas le choix ! On tombe sur des petites routes, il commence à faire chaud et il y a de moins en moins de monde… En vrac : un couple qui parle trop vite pour qu’on comprenne quelque chose, un peintre-maçon, 3 migrants (Sénégal-Gambie-Algérie) qui reviennent des champs, une longuuue marche dans la ville de Fraga, puis 2 types qui nous déposent au camping de Caspe Lake. Paradis des pêcheurs, où l’on trouve un groupe d’allemands au bar, complètement arrachés, qui draguent Manon ouvertement et qui hurlent comme des animaux. Camping espagnol, quoi…. 🙁

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Manon devant les 2 armoires à glace 🙂
Dans les ruelles d’Ainsa
Petit déj au camping en attendant que la pluie s’arrête



Quatrième jour, on commence à sentir la fatigue, mais une grosse pluie qui dure jusqu’à 15h nous permet de nous reposer un peu. 5 voitures pour avancer de 95 km, avec une grosse marche sous le soleil à côté de l’usine Adidas. Finalement, on trouve un joli spot de camping sauvage, dans des hautes herbes, entourés de chêne-liège d’Espagne, d’oliviers, de pins méditerranéen et de bosquets de thym. Ca sent bon, l’endroit aurait été parfait….  sans compter les centaines de moustiques tigres qui nous envahissent. La soirée est compliquée, on doit trouver un autre endroit pour manger, se couvrir de la tête au pied, capuche inclue malgré la douceur du soir. Et le saut final dans la tente doit être rapide et sans bavure ! Malgré tout, on passe une bonne nuit et au réveil, on prend quand même le temps de déjeuner dehors, puis de faire une petite toilette dans la rivière en contrebas. Les pentes glissantes en argile nous assurent quelques positions d’équilibres épiques, et de bons fous rires !

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Arrivée en Andalousie

Les jours suivants s’enchainent assez vite. Des petites et grandes étapes, selon la chance. Souvent 1-2 jours de camping (charger nos équipements, prendre une douche et faire une lessive à la main) pour une nuit de bivouac. On marche environ 5-8 km par jour pour sortir des villes où l’on nous dépose, et beaucoup d’étrangers nous prennent en stop (roumains, français, hollandais, allemands, vénézuélien, mexicain, argentin). Il fait aussi de plus en plus chaud, et un jour, on comprend qu’il faut que l’on arrête de faire du stop de 14h à 16h ! Il n’y a personne dehors, soit les gens mangent soit ils font la sieste J.  Une fois, on a eu notre deuxième voiture de la journée à 17h seulement. Un couple de jeunes allumés nous fait faire quelques kilomètres, avant qu’on les aide à pousser leur voiture qui ne voulait plus redémarrer ! 2 min plus tard, on rencontre 3 femmes formidables qui accompagnent en minivan une course cycliste dont leurs maris font partie, afin de les ravitailler. On a eu le droit à des boissons fraîches, une proposition de sandwich et de barres chocolatées, et un détour pour nous avancer ! Gracias ! La journée se termine par un superbe bivouac au milieu des oliviers, coucher et lever de soleil magnifiques ainsi qu’une belle nuit étoilée. On continue notre rituel de pâtes à la sauce tomate qui ne nous lasse pas encore – que c’est bon de manger un plat chaud en camping sauvage !

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On se retrouve le huitième jour à Grenade, où l’on reste 3 nuits. La première en Couchsurfing, qui tourne au vinaigre. L’application permet à des hôtes de proposer une ou plusieurs nuits chez eux (canapé ou chambre d’ami), en échange d’un partage de connaissances, de culture, de repas, de discussions intéressantes et de soirées amusantes. Mais notre hôte est transformé au réveil, complètement bipolaire et on préfère partir immédiatement car on ne se sentait ni en sécurité, ni à l’aise de rester une seconde nuit. On opte pour une auberge de jeunesse en plein centre-ville, et on continue de visiter la ville tous les deux, on rencontre des gens intéressants à l’hostel, on peut cuisiner (enfin !) des légumes et se faire une vraie vinaigrette pour manger avec nos salades, le grand luxe ! Grenade est une ville très agréable pour s’y promener, on ressent l’influence des cultures arabes, chrétiennes et juives qui ont tour à tour tenu la ville. L’imposant palais qui surplombe la ville en est l’exemple parfait. L’Alhambra, nom mythique de l’histoire andalouse, fut construit en plus de 300 ans et sous plusieurs régimes : d’abord une caserne militaire arabe, puis un palais nasrides (nom donné à la dynastie musulmane qui s’installe à Grenade après 1237), les jardins du palais et enfin, après la Reconquista chrétienne, le palais de Charles-Quint achevé en 1537.

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L’Alhambra
Ruelles du centre ville de Grenade



On quitte la ville avec le sentiment d’avoir trop dépensé, même si on se retenait ! C’est tellement dur de résister, en ville, à l’appel des terrasses, des tapas, de toutes ces odeurs d’épices, de poisson, de viande et de bonnes paellas ! On rejoint en stop (avec en prime la visite d’une ferme et de ses centaines d’agneaux) un lac artificiel entre Grenade et Séville, où l’on passe deux jours farniente. Petites randos, nage dans le lac, détente et bronzette, ça fait du bien ! Surtout que la veille, on a passé notre pire bivouac du voyage. Arrivée de nuit dans un coin montagneux mais très construit, on se faufile entre les champs des propriétés privées, mais impossible de trouver un coin plat pour mettre la tente. On s’installe de nuit, avec les chiens qui nous aboient dessus toute la soirée à moins de 100m, et les buissons épineux qui manquent de percer la tente et qui nous griffent les jambes. Réveil 6h pour plier la tente avant le lever du jour… Dur dur !



Après le lac, on visite la ville de Ronda, et ses vieux ponts qui surplombent un immense canyon, puis magnifique spot de camping sauvage à 30 km de la côte, pas loin de Gibraltar. Vue splendide !

Ronda
Bivouac du tonnerre

Et enfin, arrivée sur la côte. On termine nos quinze premiers jours à Tarifa, où l’on est encore aujourd’hui, 4 jours plus tard. En face du Maroc, c’est ici le paradis des kitesurfers. Du vent toute l’année, une grande plage de 10 km de long et une eau à 20 degrés, on profite du beau temps et de l’ombre des arbres pour faire une pause et recharger les batteries. Surtout qu’on a une bonne nouvelle et qu’une nouvelle aventure commence… mais la suite au prochain épisode !



Théo

12 commentaires

  • PATRICK TOUSSAINT

    Bravo , et merci pour vos textes et vos images !
    Bon courage pour la suite , vous réalisez un rêve que je n’ai accompli !
    Je suis votre périble

    Patrick
    1 ami de votre Papa Manon!

      • Nicole Desavis

        Bonjour 👋.
        Je suis Nicole de Gresse-en-Vercors amie de Simone votre grand mère.
        Je demandais régulièrement de vos nouvelles étant informée de votre projet grandiose…
        Félicitations..
        Plein de belles aventures je vous souhaite..
        Pour ma part j ai vécu cela par ma fille Maud et son mari Matthieu partis pour un tour du monde en tandem durant 14 mois ..le but aller voir tout ce qui ne se montre pas et à la rencontre des enfants scolarisés….le site mondecyclotour.
        Bien sincèrement..
        Nicole

        • jamais2sans-sacs

          T: Bonjour Nicole, merci pour votre commentaire, et pour le partage du site de votre fille ! Superbe parcours également, ça semblait physique aussi… On va essayer de vous faire profiter encore une fois 😉

  • Léa Garrigues

    Ca y est, les rôles sont inversés ! C’est avec beaucoup de plaisir que je vous lis, bien au chaud dans notre nouvel appart, sur notre nouveau canapé, en revenant du travail !…
    Bravo pour ce bel article, ces magnifiques photos et ces 15 premiers jours. Les souvenirs remontent, à la fois tellement proches et tellement lointains. Plusieurs galères déjà on dirait, mais rassurez-vous : celles-ci deviennent souvent les meilleurs souvenirs ! On ne s’en rend compte qu’après 🙂 et ça permet de profiter d’autant mieux des paysages fabuleux, couchers du soleil, spots de bivouac idéaux et rencontres super.
    On a eu de la chance de faire une bonne partie de notre Tour de France en temps de Covid, car sur la fin c’était aussi très compliqué de résister à l’appel des terrasses !
    Et comme le dit souvent la mamie de Manon, profitez, profitez ! Car la « vraie vie » revient bien trop vite !
    Hâte de lire la suite, bon voyage ! 🙂

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