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Le Panama, funambule entre deux continents

Les pieds à terre mais encore les mains liées… Fraichement débarqués le 7 février 2022 sur le continent américain, il nous reste encore quelques obligations et tâches à accomplir. Laver le pont du voilier, faire quelques courses, attendre le douanier qui doit venir sur le bateau, dire au revoir… et quand, enfin, tout est fait, notre passeport et son tampon en poche, nous sautons dans notre bus qui nous emmène à Panama City, première ville d’Amérique Centrale !

Locca, l’Oceanis 55 que l’on quitte après notre navigation Guadeloupe – Bonaire – Panama

Un plan simple et sans encombres ?

Le Panama, escale imprévue. Connu principalement pour son canal et ses affaires d’argent sale, il l’est beaucoup moins pour le tourisme que son voisin le Costa-Rica. Pourtant d’après tous les guides que l’on a lus pendant nos quarts de nuit, il n’a rien à lui envier. Jungle riche et variée, côtes Caraïbe et Pacifique paradisiaques, volcans, faune et flore marine exubérante…

En arrivant, notre programme était simple : passer deux semaines au Panama, effectuer notre diplôme de plongée en bouteille : PADI Open Water, et profiter dans un chouette hostel (auberge de jeunesse) vers Portobelo (ancien village colonial espagnol), avant d’attaquer la Colombie. Malheureusement, les tarifs locaux et la mauvaise réputation de Portobelo nous ont vite refroidis… Changement de plan, direction Santa Catalina, à 300 km au Sud-Ouest de Panama City !

Changement d’ambiance ! La vida loca 😀

Alors que l’on descend de la navette du port, les sacs sur le dos, on est immédiatement mis dans l’ambiance locale : klaxons, poussière, camions chromés et colorés, vendeurs ambulants, taxis jaunes vifs, câbles électriques entremêlés, quelques enceintes qui diffusent de la musique, des vieux assis sur une chaise devant chez eux… tout ça dans un rayon de 50m autour de l’arrêt de bus où l’on vient de descendre ! On se sépare pour demander en espagnol aux personnes qui attendent, quand et où arrive le bus pour Panama City. Après la tranquillité (relative) des voiliers, et la facilité de voyage aux Antilles françaises, ça y est, on peut dire que le voyage commence vraiment ! Après une bonne mise en jambe de 5 mois ! 😃

Arrivée au terminal de bus
Les marchés des bords de route

Pas de temps pour visiter Panama City dont le centre historique en ruine peine à retrouver sa splendeur d’antan – on passe une nuit en périphérie avant de regagner le terminal des bus, immense ! C’est parti pour une longue journée de transport, 7h de bus avec 3 changements… La télé diffuse de la salsa, dont les clips tournent en boucle pendant des heures. Toujours le même schéma – des histoires de couples brisés, d’engeulade, de tromperies et de retrouvailles entre des hommes latinos de 35-55 ans et des femmes typées européennes de 20-35 ans, le tout enrobé de pectoraux luisants, de dentelles et de sensualité 100x exagérée !

Bienvenus en Amérique Centrale !

Les bus et les vieux camions américains sont magnifiques, malgré le nuage de fumée qu’ils dégagent 🙂
Quand le bus est plein…

La faune locale… Huuum, ça va, imotep !

Santa Catalina est un ancien petit village de pêcheur transformé en une zone à touristes (locaux et étrangers) depuis la création du parc national de Coiba. Sur l’île éponyme, abritant autrefois une prison qui a été abandonnée en 2004, on trouve une jungle encore vierge de toute activité humaine, et tout autour, un archipel d’îles paradisiaques, qui sont le refuge de nombreux animaux marins comme des baleines, requins-baleines, raies, dauphins…etc. Malheureusement, impossible de passer notre diplôme de plongée là-bas, tous les clubs sont complets jusqu’à mi-mars… C’est le problème quand on voyage un peu au jour le jour, sans vraiment d’organisation à l’avance.

Santa Catalina
Santa Catalina
Resto local
Le scorpion que j’ai trouvé dans mon short en m’habillant un matin… 😱
Coucher de soleil

Mais tant pis, ce n’est que partie remise. Et pour ne pas avoir fait le voyage « pour rien », on casse la tirelire pour s’offrir une journée d’expédition de snorkelling, à une heure de bateau. Palmes-masque-tuba en main, le « lancha », bateau de pêcheur, file à plein régime dans le Pacifique. La journée se passe comme dans un rêve. Sur les deux premiers spots de plongée, on contemple des coraux, tortues, toute la panoplie de poissons tropicaux (perroquets, anges, demoiselles, coffres…etc), et sur le troisième on aperçoit des requins (white-reef sharks) qui restent quasi immobiles à quelques mètres de nous, ainsi qu’un gros poisson ballon ! Repas du midi sur une plage de sable blanc avec un crocodile dans la rivière derrière nous, des bernard-l’ermite à gogo, des noix de coco et des dauphins sur le retour en bateau ! Que bueno ! 😃

Paysages en arrivant sur Coiba
Notre spot pour midi
Yoga – Coucher de soleil
Notre emplacement de camping pour 5 jours
Et toujours ces belles lumières, tous les soirs

Tout feu tout flamme (et autres histoires tropicales)

Après 5 jours de camping en bord de mer, où notre rythme quotidien se rapprochait plus de celui du paresseux que du colibri, on reprend la route pour El Valle de Anton (comme mon bro’ 😀), un village au creux d’un cratère (éteint depuis longtemps, rassurez-vous !). 7h de bus, pour faire 260km… il faut qu’on s’habitue ! L’air est un peu plus frais ici, il a plu dans la journée et le vent souffle fort. On ressort les vestes, pour la première fois depuis le Cap Vert, 2 mois et demi plus tôt ! Ça nous avait presque manqué.

Le lendemain, départ pour le Cerro Cara Iguana, un des monts qui entoure le cratère. La rando n’a rien de compliqué sur le papier, mais des rafales de vent autour de 100 km/h nous empêchent d’avancer. C’est dangereux, on est complètement projeté en arrière ou sur le côté, et comme la falaise n’est pas loin, on s’accroupît sans bouger dès qu’on ne le sent pas… Un autre couple en face est dans la même galère, et de loin, c’est plutôt comique ! Mais on finit au sommet après une accalmie, et le retour est plus tranquille (un local nous fait tout de même grimper à l’arrière de son pickup) !

El Valle de Anton
Brasserie locale 😉

Revigorés par cette reprise du sport et par l’effet « montagne », on entame le jour suivant une nouvelle randonnée. Mais cette fois-ci… levés à 4h45 pour voir le lever du jour ! Prêts à 5h, on se lance, sans guide, sur la route de l’India Dormida, le sommet du coin. L’itinéraire trouvé sur une appli de randonné s’avère parfois être un poil compliqué à suivre… De nuit, dans la jungle hostile (car on n’est plus dans les Antilles, ici on trouve 16 espèces de scorpions et 1260 espèces d’araignées, dont certaines venimeuses ou mortelles ! Oui on est renseignés ! 😱), à la frontale, on doit faire plusieurs fois demi-tour pour retrouver notre chemin. Mais on arrive en haut, avec la lueur de l’aurore, magnifique. Une palette de rouge, d’orange et de jaune s’étend dans le ciel au-dessus du volcan qui semble s’être soudainement réveillé, bernant les habitants qui somnolent encore.


On reprend notre chemin, à travers la lande déboisée, en contemplant sur notre gauche le lever du soleil, et à droite la douce pente et la jungle qui s’étend devant l’océan Pacifique. 2h plus tard, nous sommes redescendus dans la jungle, auprès d’une rivière et de belles cascades, que notre chemin est censé traverser. Mais on a beau chercher… on ne voit pas de pont ! Alors on descend la rivière, avant de trouver quelques gros rochers sur lesquels s’élancer, aidés d’un bâton de marche pour ne pas glisser. Une fois la rivière franchie, on cherche le chemin sur la carte, mais vraiment, il n’y a rien ! Après 10 min de recherche et de défrichage (au bâton, il nous manquait la machette…), on est sur le point d’abandonner quand on tombe sur une vague trace, plus animale qu’humaine, qui semble se diriger dans la bonne direction. On la suit, et non sans peine, on ressort de la forêt 30 min plus tard, les jambes couvertes de griffures, des toiles d’araignées dans les cheveux et de la fatigue plein les pattes !

Mais c’est fini, on est sur la bonne route, et au retour à l’hostel, des pancakes nous remettent d’aplomb après ces 17 km de marche 🙂

Huuummm, t’es sûr là ??
Enfin sortis !!

Y ahora, que pasa ??!

Nous passons l’après-midi à vérifier que tout est en ordre pour la suite du voyage. Nous avons décidé de raccourcir notre trip au Panama, car tout est hors de prix (pour notre budget) et beaucoup de logements affichent complets longtemps à l’avance. Direction la Colombie, donc ! Mais, comment…. ?! A cause de la jungle infranchissable qui sépare le Panama et la Colombie, de l’absence de route, de la présence de narcotrafiquants dans cette zone, les options sont très limitées :

  1. En voilier (bateau-stop) : ceux qui font Panama-Colombie se comptent sur les doigts d’une main par an, et cette fois nous n’avons pas le courage d’attendre (sans compter que nous avons une deadline au 4 mars car des copains nous rejoignent en Colombie).
  2. En bateau de croisière, en jaune sur la carte : il y en a qui font Panama – Carthagène, en passant par les San Blas, archipel paradisiaque. Mais le coût de 400$ (minimum) nous a un peu refroidis, et le style de voyage ne nous correspondait pas vraiment non plus…
  3. En petit avion à hélice, en bleu sur la carte, entre Panama City et la frontière. Puis un petit bateau pour traverser la frontière, et faire les papiers d’immigrations. Puis un autre bateau pour rejoindre la ville d’Acandi un peu plus au Sud. Puis encore un autre pour traverser le détroit. Et enfin rejoindre Carthagène en bus, sans avoir pu changer d’argent… Bref autant vous dire que c’était un peu compliqué d’avance, on n’a pas voulu tenter le diable.
  4. Et le plus simple, même si le moins aventureux, en rouge sur la carte. En avion, direct pour Bogota, en 1h de vol…

On a donc opté pour l’option n°4, et acceptés de consommer (pour nous deux) 0,370 tonnes de CO2 (contre 3,20 tonnes si on était partis du Portugal en avion). Il nous reste une dernière chose à faire. A l’entrée en Colombie, on doit présenter une preuve de sortie du territoire, direction l’Equateur dans notre cas. Hors il n’existe pas de bus qui passe la frontière, et nous sommes donc contraints d’acheter un « faux billet » d’avion sur internet : il existe des sites qui font des réservations temporaires (7-15 jours) afin de passer la douane sans problème – ce qui d’ailleurs fonctionnera très bien !

Les roues crissent, et les oreilles aussi !

Ces vérifications et préparatifs effectués, on part pour Panama City, toujours en bus. Le chauffeur et son assistant sont complètement barges… L’un descend du bus en marche pour ameuter les clients quand on rentre dans une gare routière, remonte en courant et en ouvrant, fermant, claquant la porte du petit bus local. L’autre zigzag sur une route de montagne, double une charrette qui peine en montée, se fait klaxonner par la voiture qui arrive en face, puis pile la seconde d’après pour faire monter une femme et son bébé qui sortent d’une maison. Et pour l’ambiance sonore, toujours des clips de salsa au début, avant d’enchainer avec un film d’action américain doublé en espagnol, dont le volume est poussé au maximum et nous force à mettre les boules Quies, pour ne pas perdre nos tympans… L’arrivée à Panama City se fera dans les temps malgré les bouchons sur la route, puisque le chauffeur conduit son bus uniquement sur la bande d’arrêt d’urgence !
 


Nous avons finalement le temps de faire un petit tour dans le centre historique de Panama City, qui se résume à des bâtiments diplomatiques dont les murs fraichement repeints contrastent avec de vieux édifices délabrés, où la nature a parfois repris ses droits. Mais le temps file, et il est temps de se rendre à l’aéroport. Un nouveau continent, un peuple à l’histoire complexe, une nouvelle culture et de nouveaux paysages nous attendent. De belles histoires en perspective…. 😉

Allez, à bientôt ! 😉

Theo

Vous trouverez ici notre vidéo sur le Panama ! 🙂



2 commentaires

  • Nicole Desavis

    Bonjour à vous deux.
    Que d aventures palpitantes grandioses enrichissantes.
    Quel plaisir de vous lire de vous suivre..
    Félicitations très bonne continuation.
    Prenez soins de vous..
    Vos photos sont magnifiques..une belle exposition viendra peut-être à votre retour.
    Bien sincèrement.
    Nicole

  • Jenny BUIRET

    je vois que rien ne vous fait peur, du moins c’est réfléchi, moi les mots scorpions, araignées me font frémir…… Bonne route, à bientôt de vous lire, c’est palpitant .Biz.Jenny

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